Sommets : Patrick, après avoir été pendant 40 ans la voix de l’athlétisme professionnel, on vous retrouve aujourd’hui sur les sentiers avec un simple iPhone à la main. C’est un retour aux bases du journalisme ?
Patrick Montel : Oui et surtout c’est une renaissance totale. J’ai retrouvé dans le trail et l’ultra-trail l’état d’esprit de l’athlétisme de mes débuts, en 1980. C’est-à-dire un sport qui reflète une véritable forme de réalité, bien plus libre que ce que l’on voit dans un stade ou sur le bitume.
Pourquoi avoir choisi ces épreuves plutôt que de rester dans le confort des disciplines olympiques ?
Parce que le trail réunit des valeurs humaines que les autres sports ont parfois perdues. Aujourd’hui, vous pouvez tout à fait imaginer partir en vacances avec un trailer, alors que dans d’autres disciplines, les rapports ne sont plus les mêmes. Ici, on garde un accès facile et des rapports normaux entre les gens.
« TECHNIQUEMENT C’EST MOINS BON, INFORMATIVEMENT C’EST MEILLEUR »
Vous parcourez les lignes d’arrivée avec un simple smartphone, sans même un stabilisateur. Pourquoi ce choix ?
J’ai pris ce parti car avec un smartphone, les gens se sentent moins agressés qu’avec une grosse caméra. Le simple fait de sortir une équipe de tournage crée immédiatement un décalage. Techniquement c’est moins bon, mais d’un point de vue informatif c’est bien meilleur car on capte la vérité du moment. Je veux retrouver cette spontanéité qui me rend nostalgique de l’époque d’avant.
Dans vos reportages, vous délaissez souvent les têtes d’affiche pour filmer des athlètes inconnus…
Absolument. Mon média sur le trail, c’est l’histoire de M. et Mme Tout-le-Monde. Je ne vise pas les grands champions avec Radio Montel. Je préfère raconter l’histoire d’un homme ou d’une femme que je croise par hasard. Toute ma vie, j’ai fonctionné à l’improvisation et je laisse toujours l’imprévu dominer quand j’arrive sur une épreuve.
« LE JOUR OÙ LE TRAIL SERA FORMATÉ, J’IRAI VOIR AILLEURS »
À côté de ça, le trail change. Quel regard portez-vous sur l’évolution de grands événements comme l’UTMB ?
L’UTMB n’est même plus dans mon calendrier. Je n’y suis pas revenu car c’est devenu trop professionnel et strictement axé sur la compétition. Tout est lié à l’économie, mais forcément, le rapport humain en pâtit. Tout s’hyperprofessionnalise et je trouve cela dommage car on perd l’essence même de ce sport.
N’est-ce pas ambigu de dénoncer cette professionnalisation tout en médiatisant ce sport via Radio Montel ?
Le paradoxe est total et j’en suis conscient. En parlant du trail, je participe à sa médiatisation et donc à sa professionnalisation. On a transformé l’athlétisme avec France TV, et plus on parlera du trail, plus on ira dans ce sens. Le jour où je m’apercevrai que le trail est devenu totalement formaté, j’irai voir ailleurs, vers des disciplines plus confidentielles.
Lesquelles ?
J’ai pensé à la nage subaquatique ou au bilboquet !
Vous est-il arrivé face à ce genre de situations où pour avoir quelques réponses, vous deviez demander l’autorisation, quand bien même l’ultra-trail concerne un cercle restreint ?
Oui, ça m’est arrivé sur le Grand Raid de la Réunion. François d’Haene, vainqueur à quatre reprises de cette épreuve, était d’accord pour parler. Sauf que son agent a débarqué pour tout contrôler. Je me suis cassé immédiatement. Je ne veux pas formater mon contenu. C’était le cas quand j’étais à France TV et je ne reste pas dans le milieu pour reproduire ce que j’ai fait ces dernières années.
Est-ce pour cela que vous tenez à ce que Radio Montel ne soit pas une entreprise à proprement parler ?
Oui, clairement. Ma force, c’est que je ne cherche pas à gagner d’argent avec ça. Je ne vends pas de produits, je ne suis dépendant d’aucune marque et je suis mon propre patron. Si je le voulais, je pourrais vendre des pompes et faire du business, mais je n’en ressens aucune envie. Je ne m’interdis rien et je ne m’oblige à rien.
Comment fonctionne votre structure aujourd’hui ?
Nous sommes deux. J’ai quelqu’un qui m’aide pour la logistique et la postproduction, car monter ou diffuser, je ne sais pas faire. Je délègue cette partie pour me concentrer sur le terrain. Je vais sur les courses où l’on m’invite, là où les gens ont envie de me voir.
« CEUX QUI M’ONT ÉCARTÉ, JE LES EMMERDE ! »
Il y a tout de même une course qui échappe à vos critiques sur le professionnalisme : la Diagonale des Fous ou Grand Raid de la Réunion…
C’est ma course favorite, j’en suis amoureux. C’est d’ailleurs la seule épreuve que je couvre où il y a des pros. C’est l’exception qui confirme la règle par pure passion pour cet événement.
On vous sent très investi malgré les années qui passent. Que répondez-vous à ceux qui jugent votre style ou votre âge ?
Arrivé à un certain âge, on considère que quelqu’un est bon pour la poubelle. Mais je ne suis pas vieux dans ma tête. C’est le produit final qui compte. Aujourd’hui, ceux qui m’ont écarté, je les emmerde ! Je montre sur le terrain que je sais encore faire le “job”.
Vous êtes revenu en 2024 sur les Jeux Olympiques avec RTL. Le sport professionnel n’a pas quitté votre esprit ?
Non, bien évidemment, mais pour pouvoir m’exprimer pleinement, je préfère assister à des événements plus restreints. Et ça marche puisque j’ai une certaine audience ! Pour les JO, j’étais prêt à payer pour recommencer, alors que normalement c’est l’employé qui est payé ! Je n’arrêterai jamais le journalisme parce que c’est mon truc. Tant que j’ai l’énergie et que les gens m’accueillent, je continuerai.
Si vous deviez définir le rôle du journaliste sur un trail aujourd’hui, quel serait-il ?
C’est témoigner et promouvoir des gens différents. C’est prendre le relais des courses sur route pour raconter des histoires humaines. Il ne faut pas prendre la place de quelqu’un d’autre, mais simplement raconter ce que l’on voit avec sincérité.
Quelle est la prochaine étape pour Radio Montel ?
Je vais continuer à suivre mon instinct et l’imprévu. Je ne cherche pas à bâtir un empire, je veux juste garder ce « kif » et cette liberté totale. Tant que le trail restera cet espace de liberté et de rapports normaux, vous me verrez sur les sentiers avec mon smartphone.




Laisser un commentaire